L'écriture inclusive fait débat. Elle agace, elle divise, elle effraie, au point que beaucoup d'organisations ont fini par jeter bébé avec l’eau du bain. Dommage. Car derrière cet adjectif connoté, l’exigence reste entière : s'adresser vraiment à tout le monde, sans exception et sans condescendance. Alors, et si on l'appelait autrement ? Écriture accueillante : deux mots pour une autre façon d'entrer dans le sujet.
Inclusive : un terme encombré… et encombrant
L'intention était bonne. Le mot "inclusif" devait signaler une ambition : celle de ne laisser personne sur le bord de la route. Mais en quelques années, il s'est chargé d'une telle épaisseur politique qu'il déclenche aujourd'hui des réflexes défensifs avant même qu'on ait lu la première ligne.
Le débat sur le point médian a fait le reste. En réduisant l'écriture inclusive à une question de typographie (les étudiant·es, les salarié·es) on a vampirisé un sujet bien plus large et bien plus important. Résultat : beaucoup d'organisations ont renoncé au qualificatif… et à l’ambition en même temps. Ce serait dommage de s'en tenir là.
Accueillante : ce que le qualificatif dit vraiment
Accueillir, c'est ouvrir une porte. C'est faire de la place. C'est anticiper les besoins de celui ou celle qui arrive avant même qu'ils soient exprimés. C'est un acte volontaire, profondément humain.
Appliqué à l'écriture, le qualificatif pose une question concrète à la personne qui rédige : est-ce que tous mes lecteurs, toutes mes lectrices, vont se sentir concerné·es par ce texte ?
C'est une exigence de chaque instant, dès la réflexion sur le sujet et l’angle : l'écriture accueillante part nécessairement du public visé, dans toute sa diversité.
Une exigence qui va bien au-delà du genre
C'est peut-être l'apport le plus précieux de la notion d’accueil : elle élargit le regard. Elle nous force à prendre conscience de nos biais : qui on inclut, qui on oublie et qui on invisibilise, sans nous en rendre compte.
Une écriture accueillante pense à l'âge, récuse l'âgisme comme le jeunisme, et ne s'adresse pas implicitement à un adulte valide de 35 ans quand sa cible est plus large. Elle prend en compte les parcours de vie non-linéaires, elle voit au-delà des archétypes et des catégories standards.
Elle pense aux origines et aux cultures : quels exemples cite-on, quels prénoms, quelle vision du monde sous-tend le propos ?
Elle pense au handicap, d’abord à l'accessibilité des supports, mais aussi à la façon dont on désigne les personnes concernées. Elle préfère "personne en situation de handicap" à "handicapé" parce qu'on ne réduit pas l'individu à un état.
Elle pense aussi au niveau de littératie. Un texte truffé de références implicites exclut celles et ceux qui ne les partagent pas.
Accueillir, ça s'apprend et ça se mesure
L'intention ne suffit pas. Une écriture accueillante se construit, s'affine et reste en phase avec les évolutions de la société.
Cela passe par des réflexes concrets : ne pas essentialiser, c'est-à-dire ne pas réduire une personne à l'une de ses caractéristiques, éviter les images qui excluent ou qui stigmatisent, varier les exemples et les situations de vie représentés.
Un exercice simple pour commencer : relisez vos dix derniers articles et comptez combien de situations de vie différentes y sont représentées. Combien de tranches d'âge ? Combien de configurations familiales ? Combien de parcours professionnels atypiques ? Le résultat est souvent éclairant… et parfois inconfortable 😊
L'écriture accueillante gagne aussi à s'appuyer sur une démarche plus structurée : auditer ses contenus existants, faire relire ses textes par des personnes aux profils variés, suivre l'évolution du vocabulaire au sein des communautés concernées. Les mots acceptables changent et l'écriture accueillante doit évoluer avec eux.
Dixxit l’a expérimenté avec l'équipe de la Direction de la communication du CHU de Toulouse, coincée dans un vocabulaire médical qu'elle pensait incontournable. En travaillant ensemble sur l'écriture accueillante, nous avons montré qu'on pouvait être rigoureux et accessible, expert et humain.
"Accueillante" n'est pas un euphémisme
Les mots qu'on choisit pour parler de l'écriture disent quelque chose de la façon dont on conçoit la communication. "Accueillante" n'est pas un mot doux pour éviter la polémique. C'est une ambition, celle de s'adresser vraiment à tout le monde, sans exception et sans condescendance.
Et ça, c'est un vrai sujet de stratégie éditoriale.
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